Un nouveau rapport établit un lien entre le travail forcé ouïghour et des entreprises qui fournissent des sols à la France

POUR DISTRIBUTION IMMÉDIATE

Des milliers de ouïghours ont été contraints de travailler dans des usines extrêmement polluantes qui produisent des plastiques utilisés dans des matériaux de construction vendus en France, selon un rapport d’enquête de chercheurs sur les droits des êtres humains et l’environnement publié aujourd’hui.

Les chaînes d’approvisionnement des plus grands magasins de bricolage et des plus grandes marques de revêtements de sol au monde courent le risque d’être entachées par le travail forcé des ouïghours, et la société qui exploite les usines reçoit des investissements importants du groupe Vanguard, de Dimensional Fund Advisors, de BlackRock et de nombreux autres fonds d’investissement. Les entreprises citées dans le rapport comprennent, entre autres, le détaillant Home Depot et les leaders de l’industrie des revêtements de sol Armstrong, Congoleum, Mannington, Mohawk, Shaw et Tarkett.

Des rapports de trafic maritime identifient Tarkett, une entreprise française, comme destination pour les revêtements de sol en PVC fabriqués par Zhejiang Tianzhen en Chine. Une des sources principales de résine PVC de Zhejiang Tianzhen est Xinjiang Zhongtai, le sujet de ce rapport. Tarkett, société privée, est l’un des principaux distributeurs mondiaux de revêtements de sol.

Built on Repression: PVC Building Materials’ Reliance on Labour and Environmental Abuses in the Uyghur Region, documente l’impact humain et écologique massif de cette chaîne d’approvisionnement.

Des entreprises en France vendent des sols assemblés dans une immense usine au Vietnam (Jufeng New Materials) qui est une filiale d’une société chinoise. Certains portent le label « éco-responsable ». Ceux-ci contiennent un type de plastique appelé chlorure de polyvinyle (PVC). Aux yeux des consommateurs, ces revêtements de sol vendus en France semblent être fabriqués au Vietnam, mais une grande partie du PVC utilisé par l’entreprise est fabriquée dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang (XUAR) dans des usines qui ont été accusées de violations des droits de l’être humain.

Jufeng utilise du PVC fabriqué par la société d’État Xinjiang Zhongtai, qui exploite quatre usines de PVC dans la région ouïghoure. Une autre société appartenant au gouvernement chinois, Xinjiang Tianye, gère la deuxième plus grande usine de PVC au monde. Ensemble, sept usines de PVC de la région ouïghoure produisent 10% du PVC dans le monde.

Le rapport se concentre sur le groupe Zhongtai, qui a déplacé plus de 5 000 citoyens considérés comme des «travailleurs excédentaires» grâce à ces programmes et dont le PVC se trouve dans des revêtements de sol et des tuyaux récemment installés dans les maisons, les écoles et les hôpitaux du monde entier.

Built on Repression est une enquête collaborative menée par le Helena Kennedy Center for International Justice de l’Université Sheffield Hallam, un centre de recherche, de pratique et de pédagogie sur la justice sociale et les droits de l’être humain, et Material Research L3C, une société éducative à but non lucrative basée dans le Maine, aux États-Unis.

“Malgré une prise de conscience croissante des atrocités commises dans la région ouïghoure, les produits fabriqués avec le travail forcé continuent de traverser les frontières internationales”, a déclaré Laura Murphy, professeur à Sheffield Hallam. “Le groupe Zhongtai à lui seul a transféré plus de “travailleurs excédentaires” que pratiquement n’importe quelle autre entreprise”, note-t-elle.

Le professeur Murphy et la co-autrice Nyrola Elimä sont des expertes mondiales sur les liens entre les chaînes d’approvisionnement et le travail forcé ouïghour. Elimä, chercheuse au Centre Helena Kennedy pour la justice internationale, a passé des heures à lire les dépêches des médias d’État chinois. “Les responsables chinois se vantent du nombre de travailleurs qu’ils forcent à travailler dans leurs usines contre leur volonté”, a-t-elle déclaré. “Leurs propres rapports montrent comment le groupe Zhongtai s’engage directement dans les transferts de main-d’œuvre et la programmation idéologique, et ils s’en réjouissent.”

Le PVC de la région a inondé les marchés mondiaux pendant la pandémie de COVID-19. L’État chinois a continué de faire fonctionner ces usines de plastique alors même qu’il avait fermé une grande partie des industries du pays pendant la pandémie, et a déclaré qu’il le faisait pour capitaliser sur la position de la région sur le marché mondial. De ce fait, il traitait les travailleurs ouïghours comme jetables.

Contrairement à la plupart des usines mondiales, les usines de PVC de la région ouïghoure utilisent du charbon et du mercure pour fabriquer le plastique. Les sept usines de PVC du XUAR émettent environ 49 millions de tonnes de gaz à effet de serre par an. À titre de comparaison, 140 usines de plastique aux États-Unis ont déclaré avoir produit un total de 114 millions de tonnes de gaz à effet de serre en 2020. L’usine Xinjiang Tianye à Shihezi est considérée comme l’usine de plastique la plus polluante au monde, avec environ 16,8 millions de tonnes de dioxyde de carbone émis par an. Les 340 tonnes de mercure consommées pour la production de PVC dans le XUAR représentent 15% de tout le mercure produit dans le monde. Les résidents locaux ont aussi vu leurs communautés rurales et traditionnelles devenir des « friches polluées ».

“Les entreprises de revêtements de sol en PVC aux États-Unis sont les principales coupables de greenwashing, l’art de prétendre que votre industrie est quelque chose qu’elle n’est pas”, a déclaré le co-auteur Jim Vallette, président de Material Research. “Ils vendent des sols bon marché qui ressemblent à du bois ou à de la pierre mais qui sont fabriqués à partir de charbon transformé en plastique dans le XUAR à l’aide de catalyseurs au mercure. Ils profitent du travail forcé et de la pollution extrême dans la région ouïghoure. Les plus grandes entreprises de revêtements de sol au monde ne prennent pas la peine de dire quoi que ce soit à leurs consommateurs à ce sujet, même s’ils collaborent avec des défenseurs de l’environnement sur des initiatives dites de transparence et de neutralité climatique.”

La semaine prochaine, une nouvelle loi américaine interdira de nouvelles importations de tous les produits contenant du XUAR. Les co-auteurs ont exhorté les entreprises à retracer leurs chaînes d’approvisionnement pour identifier les connexions avec la région ouïghoure et à s’extraire des contrats à haut risque.

Au cours des derniers mois, les douaniers américains ont saisi des expéditions dans d’autres secteurs qui, selon eux, s’approvisionnent en produits fabriqués avec le travail forcé ouïghour. (Il n’y a pas de restrictions comparables ailleurs dans le monde.)

Le rapport et des ressources supplémentaires sont disponibles sur https://www.shu.ac.uk/helena-kennedy-centre-international-justice/research-and-projects/all-projects/built-on-repression.

Pour plus d’informations:

Co-auteurs

Laura Murphy : E-mail : laura.murphy [at] shu.ac.uk (en anglais)

Jim Vallette : Courriel : jimvallette [at] materialresearch.org (en anglais)

Pour les médias hispanophones : Verónica Odriozola (Argentine), veronicaodriozola [at] materialresearch.org

Pour les médias francophones et italophones : Anna Pujol Mazzini (Paris), apujolmazzini [at] gmail.com